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En dix ans, le dispositif national d’accueil géré par le ministère de l’intérieur et destiné aux demandeurs d’asile a progressé de 50 000 à 131 000 places. Dans le même temps, le parc d’hébergement généraliste géré par le ministère du logement a vu ses capacités doubler en passant de 110 000 places à 203 000 places (sources : projets annuels de performances des programmes 177 et 303 pour les années 2015 et 2025).
Au ministère du logement, cette tendance a longtemps étonné. Pourquoi autant de besoins dans l’hébergement généraliste ? Pourquoi, en dépit d’une croissance record des places, la saturation était-elle plus forte que jamais ? L’explication s’est avérée simple : aujourd’hui, l’accueil des personnes immigrées en situation irrégulière, loin d’être réservé aux programmes du ministère de l’intérieur, est également devenu la mission principale de l’hébergement généraliste proposé sur les crédits du ministère du logement.
En l’état, bien que les chiffres exacts manquent, on peut considérer, suivant les enquêtes réalisées, qu’entre 60 et 70 % du parc d’hébergement généraliste est occupé par des étrangers en situation irrégulière. Cette progression a suivi de près le nombre de déboutés du droit d’asile non éloignés, qui est passé de 8 000/an en 2013 à plus de 90 000/an en 2023. Lorsqu’elles sont déboutées, les personnes doivent en principe quitter le dispositif national d’accueil et, si elles ne quittent pas le territoire français, sont susceptibles d’être accueillies dans l’hébergement généraliste, quand bien même elles font l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, en vertu du principe d’inconditionnalité de l’accueil (art. L. 345‑2‑2 du code de l’action sociale et des familles).
Les durées de séjour sont importantes : 15 mois en moyenne tout dispositif confondu, mais 30 mois à l’hôtel, plus de 42 % des personnes y restant plus de 3 ans ; quant aux CHRS et CHU les séjours y sont moins longs en moyenne, entre 25 % et 30 % d’entre eux durant plus de 2 ans (sources : enquête de la DREETS Occitanie en 2022, reporting mensuel de la Dihal en 2024, rapport public IGF/IGA de mai 2025).
On peut en déduire que l’hébergement par l’État des étrangers demandeurs d’asile et irréguliers représente au total aujourd’hui environ 250 000 places pour un coût de l’ordre de 2,6 Md€ (en prenant une hypothèse basse de 60 % des crédits d’hébergement généraliste, additionnés aux crédits de l’action 02 du programme 303). Ces projections sont cohérentes avec les coûts moyens de l’hébergement pour l’État, qui sont de 21 euros par nuitée à l’hôtel, de 28 euros par nuitée en CHU, et de 42 euros par nuitée en CHRS.
Pour toutes ces raisons, il est capital de doter les parlementaires d’une meilleure compréhension du phénomène de « spécialisation » de l’hébergement généraliste qui est le facteur principal de sa saturation. A cette fin, le présent amendement propose de compléter les attributions de l’Observatoire du sans-abrisme, afin de conforter ses capacités d’informer l’action publique en matière d’accueil et d’hébergement des personnes en situation irrégulière.
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Lors de l'examen en commission de la présente proposition de loi, le rapporteur Éric MICHOUX a conclu son propos liminaire en expliquant que "_quelle que soit la somme totale que ce dispositif permettra de prélever, cet élément financier ne me semble pas le plus central dans le sujet qui nous occupe aujourd'hui. En réalité, cette mesure est en grande partie symbolique_".
En effet, il existe un grand nombre de difficultés quant à la mise en place effective de cette mesure, et de nombreuses questions demeurent encore sans réponse :
\- Quelle population est concernée ?
\- Qui doit payer (famille, prélèvement sur les ressources du détenu, prélèvement sur les rémunérations issues du travail du détenu) ?
\- Comment fait-on pour les indigents ?
\- Comment calcule-t-on les moyens d'existence des détenus ?
\- Quelle méthode de calcul ?
\- Comment fait-on en l'absence de circuit informatique dédié ?
\- Qui doit effectuer le recouvrement et avec quels effectifs ?
En l'état des travaux actuels, cet amendement précise le titre de la proposition de loi pour rappeler que cette participation n'est et ne sera que symbolique.
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L’article 2 entend modifier en profondeur l’équilibre des relations locatives en imposant au propriétaire une obligation nouvelle de justification, préalable et systématique, de tout congé pour vente ou reprise. En inversant ainsi la charge de la preuve, il introduit une suspicion généralisée à l’égard des bailleurs, alors même que la très grande majorité d’entre eux respectent la loi et agissent de bonne foi.
Un tel dispositif, s’il part de l’intention de lutter contre quelques comportements abusifs, aurait surtout pour effet de complexifier davantage les démarches des propriétaires, de rigidifier encore les relations locatives et de créer un risque juridique supplémentaire pour ceux qui souhaitent simplement vendre leur bien ou le reprendre pour y loger un proche. En multipliant les formalités et les justificatifs obligatoires, cet article décourage une fois de plus la mise en location et fragilise l’équilibre économique de milliers de petits bailleurs, déjà confrontés à un environnement réglementaire exigeant.
La politique du logement ne peut pas reposer sur une présomption d’abus généralisée à l’égard des propriétaires. Le véritable enjeu consiste à restaurer la confiance, à simplifier les règles et à assurer une sécurité juridique réciproque. Lutter contre les fraudes doit rester possible, mais par des outils proportionnés, fondés sur le contrôle a posteriori et la sanction d’actes avérés, non par l’instauration de contraintes préventives qui pénalisent indistinctement tous les propriétaires.
En renforçant la défiance et en alourdissant les obligations pesant sur les bailleurs, l’article 2 contribue à nouveau à affaiblir l’attractivité du marché locatif. À terme, ces mesures participent de la réduction de l’offre disponible, aggravant la tension déjà forte dans de nombreux territoires.
Pour ces raisons, le présent amendement propose la suppression de l’article 2.